Question du 15 janvier 2016
Ca fait longtemps que j’ai envie de vous recontacter, depuis notre premier « échange ». A l’époque votre réponse m’avait beaucoup émue, même si je ne « comprenais » pas tout. Suite à cela je me suis procurée votre livre….
Pendant près de 3 mois il m’a accompagnée, enseignée, rassurée, fait pleurer…. C’était un peu comme un compagnon de route, et j’ai tenté de cheminer avec lui au fil des pages. Merci pour ce si beau livre….
Je n’ai pas pu faire tous les exercices proposés, bien que j’en ai eu la volonté je n’y suis pas parvenue. C’était peut-être trop dur de visiter certaines blessures du passé seule, et alors que mon Papa déclinait rapidement.
Vous savez je n’ai toujours pas réussi à accepter sa maladie, ce cancer terrible et fulgurant, et de l’avoir entendu et su se dégrader physiquement tellement rapidement….
En effet mon papa habitait à la Réunion et moi à Annecy, d’où les 9000 ou 10 000km de distance dont je parlais dans mon premier message. Ca aussi ça a été une terrible épreuve, la distance, et j’ai d’ailleurs regretté que vous ne l’évoquiez pas dans votre livre….
Il y a environ un mois j’ai tenté de vous écrire un mail. Mais je n’y arrivais pas. Dans ce mail j’écrivais « mon papa est toujours en vie »……..
Aujourd’hui ce n’est plus le cas, mon papa est décédé le 30 décembre.
C’est comme un cataclysme qui s’est abattu sur moi. Tout ça, son cancer, tout de suite métastasé, généralisé, la distance géographique (même si j’ai eu la chance d’aller le voir cet été), son déclin foudroyant, n’avoir pas pu assister à sa fin de vie, ni à ses funérailles….. Ca fait trop! Au mois de juillet tombait l’annonce du cancer, moins de 6 mois plus tard il est déjà mort….
Pour moi c’est juste insupportable. Je suis en train de me noyer et je ne sais pas comment remonter à la surface.
J’ai une petite fille de 3 ans. Toute ma vie est perturbée, chamboulée, en miettes. J’ai l’impression que je viens de subir un tremblement de terre. J’ai besoin de votre aide, les livres ne suffisent plus…………
Réponse de Lydia :
Bien que j’aie écrit le dernier chapitre dans mon livre sur le deuil, je comprends qu’à certains moment les émotions sont trop forts et on a besoin d’un soutien direct.
C’est vrai que je n’ai pas pensé à aborder la souffrance de la distance quand un proche est gravement malade. Je comprends aussi que vous n’avez pas pu assister à ses derniers jours, ni à tous les rituels de deuil (la toilette mortuaire, les veillées, les célébrations des funérailles…) qui sont si importants pour faire ses adieux à un être cher entourée par la chaleur familiale. Vous les avez manqué, mais avez-vous pu au moins lui dire adieu par téléphone ? Je vous conseille de vous installer avec une feuille de papier devant une bougie allumée et une photo de papa plus un paquet de mouchoirs. Puis écrivez-lui une lettre dans laquelle vous exprimez ce que vous ressentez, ce que vous auriez aimé lui dire, pardonner, demander, et tout ce dont vous pouvez le remercier. Partagez avec lui par cet écrit, comme si vous lui parliez. Vous savez, il n’est pas encore bien loin. Parfois on peut sentir les défunts tout proches (qui ne sont morts que du point de vue corporel). Ils peuvent aussi nous apparaître dans les rêves, mais pour cela il faudrait émerger un peu des émotions qui font écran.
Et si vous ne vous en sortez pas, allez voir un-e thérapeute ou venez me voir. Annecy n’est pas si loin de Genève ni de Bellegarde, où je vis.
Le deuil est un travail de traversée émotionnelle, mais pour en renaître avec l’être aimé habitant désormais notre cœur.

C'est important de prendre soin de vous, de traiter vos souffrances: 
LYDIA MÜLLER